Le début de la journée du 8 décembre a été mouvementé, car, au cas où nous l’aurions oublié, tout ne se passe pas toujours comme prévu dans un accélérateur. Pendant le dernier week-end de la campagne d’exploitation 2025 du LHC, la machine a fonctionné avec quasiment la régularité d’une montre suisse : des temps de reprise (intervalles entre l’éjection d’un premier remplissage et le moment où les faisceaux sont déclarés stables pour le suivant) courts, et la plupart des remplissages aboutissant à une éjection commandée par l’ingénieur en charge du LHC.
Le 6 décembre, à 2 h 50, ALICE a été la dernière des quatre expériences à atteindre son objectif de luminosité intégrée pour 2025. Avec plus de 50 heures disponibles avant la fin prévue pour la campagne, il semblait qu’il y aurait largement assez de temps pour dépasser les objectifs fixés pour cette année. Le LHC a continué à bien performer, mais, le matin du 8 décembre, il semble que la fatigue accumulée par les équipements en fin de campagne d’exploitation ait commencé à produire ses effets. Les deux remplissages finaux de 2025 ont été éjectés par le système de protection de la machine à cause de défaillances dans l’une des lignes de transmission de la puissance radiofréquence. Le premier a été éjecté le 8 décembre à 1 h 33, et le deuxième à 4 h 34 – ce sera le dernier faisceau éjecté en 2025. Il ne restait qu’une heure et demie avant la fin programmée de la campagne d’exploitation.
Une fois encore, cet épisode de fin de campagne illustre une vérité bien connue : on a beau tout planifier aussi soigneusement que possible, c’est toujours la réalité qui a le dernier mot.
Tandis que l’exploitation du LHC prenait fin, les injecteurs ont continué à livrer des faisceaux aux expérience avec cibles fixes jusqu’au tout dernier moment. Le 8 décembre, à 6 heures, les opérateurs de la chaîne d’injection ont stoppé toute la production de faisceaux, mis en place les obturateurs de tube de faisceau et commencé à arrêter les machines. On pourrait s’étonner de cette heure bien matinale : que peut-on bien faire à cette heure-là à part faire tourner les faisceaux ? La réponse est simple : l'accès aux tunnels de l'accélérateur commence vers 8 heures du matin. Cette fenêtre de deux heures correspond à la phase de refroidissement, nécessaire pour que les équipes qui attendent de commencer leur travail dans les tunnels, selon un calendrier serré, puissent le faire en toute sécurité.
Les équipements du LHC ont également été arrêtés immédiatement après l’éjection du dernier faisceau. Le LHC étant une machine supraconductrice, une autre étape critique doit être réalisée avant la fermeture annuelle du CERN : la sécurisation du stock d'hélium à la surface. Pendant l’exploitation, l'hélium circulant dans les aimants, à une température de 1,9 K (-271 °C), est liquide. Lors de l'arrêt technique hivernal, cet hélium liquide est extrait de la machine et les aimants sont réchauffés à environ 20 K (-250 °C), ne laissant dans le système que de l'hélium gazeux. Cette procédure réduit considérablement le risque de perdre une quantité importante d'hélium en cas de fuite inopinée dans les circuits cryogéniques souterrains. Elle réduit également de façon notable la consommation d'énergie du système cryogénique, ce qui permet de réaliser des économies d'énergie et de réduire les coûts.
Alors que l'ensemble du complexe d'accélérateurs est désormais à l'arrêt et que de nombreuses personnes travaillent sur les équipements de la machine, les préparatifs pour les dernières semaines de la période d’exploitation 2026 sont déjà en cours. Pour les premiers injecteurs de la chaîne, la plupart des travaux devront être achevés avant la fermeture annuelle de deux semaines, car le redémarrage de la source du Linac 4 est prévu pour le 5 janvier. Ce sera ensuite au tour des autres machines au cours des quatre semaines suivant le redémarrage de la source. Le redémarrage intervient trois semaines et demie plus tôt qu’en 2025. Les activités prévues pendant l’arrêt hivernal ont été réduites au strict nécessaire afin d’utiliser au mieux le temps disponible jusqu'au début du troisième long arrêt (LS3), prévu le 29 juin pour le LHC et le 31 août pour le complexe d’injection.
Le 19 décembre 2025, toutes les activités, ou presque toutes, s’arrêteront, pour une pause bien méritée pendant la période des fêtes. Une petite équipe restera toutefois sur site. Notamment, les opérateurs de l'infrastructure technique (TI) du Centre de contrôle du CERN (CCC) continueront à surveiller l'infrastructure technique du CERN et à coordonner les interventions en cas de problème. Tous les autres pourront profiter d’une période de deux semaines pour recharger leurs batteries, en préparation de ce qui promet d'être une autre année bien remplie, qui nous mènera jusqu'au LS3.
Il s'agit de mon dernier article de la série « Dernières nouvelles des accélérateurs » pour l’année 2025, et de ma dernière publication en tant que chef du groupe Opérations (BE-OP). À partir de janvier, c’est Bettina Mikulec qui prendra la barre, tandis que je m’élancerai vers de nouvelles aventures au sein du département Technologie (TE).
Ce fut un plaisir et un privilège de partager avec vous, ces dernières années, des nouvelles sur l'exploitation du complexe d'accélérateurs. Je m’en remets désormais à Bettina et à son équipe pour vous informer sur le LHC et son complexe d’injection tout au long de l'année 2026 et au-delà.
D’ici-là, je vous souhaite à tous d’excellentes fêtes et une année 2026 qui vous apporte bonheur, santé et réussite.